Raté… c’est OK

Visuel Prisme : Raté… c’est OK

Il y a à peine un an, j’ai republié sur LinkedIn un post qui m’avait beaucoup marqué.

Il relayait une courte vidéo de Barack Obama, issue de son discours aux élèves américains en 2009. Son message était simple : nous ne réussissons pas tout du premier coup — et ce n’est pas grave. Les personnes qui réussissent ne sont pas celles qui n’ont jamais échoué, mais celles qui apprennent de leurs échecs au lieu de se laisser définir par eux.

J’y avais retenu une formule qui me plaisait beaucoup :

« Raté… c’est OK. »

Plus récemment, j’ai revu un extrait d’une interview de l’humoriste Jérémy Ferrari donnée à Thinkerview en 2018. Il y expliquait que, dès le plus jeune âge, nous apprenons souvent à éviter l’échec plutôt qu’à l’affronter. À l’école, puis dans nos parcours professionnels, nous privilégions parfois les chemins « sûrs » — ceux où le risque de se tromper semble le plus faible. Or, c’est précisément cet évitement qui peut nous empêcher d’oser, d’apprendre et de progresser.

Je partage pleinement cette vision. Elle me rappelle un proverbe japonais :

« Tomber sept fois, se relever huit. »

Alors, pourquoi l’échec professionnel nous fait-il autant peur ? Et surtout, comment apprendre à le gérer — voire à en faire un levier de progression ?

Pourquoi l’échec professionnel nous fait-il peur ?

L’échec professionnel nous fait d’abord peur parce que nous redoutons le jugement des autres. Les chercheurs Conroy, Willow et Metzler, qui ont construit une échelle de mesure de la peur de l’échec, y identifient notamment la crainte de la honte et de l’humiliation, mais aussi celle de décevoir les personnes qui comptent pour nous. Cette peur est d’autant plus forte que l’image professionnelle que nous souhaitons renvoyer à nos pairs nous importe.

Mais le regard des autres n’explique pas tout. Il y a aussi celui que nous portons sur nous-mêmes : échouer, c’est parfois devoir admettre que nous nous étions surestimés. Lorsque nous encadrons une équipe, nous pouvons également craindre que notre échec retombe sur elle.

L’échec professionnel fait aussi peur en raison de ses conséquences concrètes : perte d’un emploi, difficultés financières pour une entreprise ou pour soi-même, et remise en cause de projets parfois construits sur plusieurs années. Cette crainte pèse lourd : selon l’Indice Entrepreneurial Français 2018, la peur de l’échec constituerait le premier frein au passage à l’acte entrepreneurial en France.

Cette peur touche enfin à notre santé. Lorsque l’échec mène à la perte d’un emploi, cette inquiétude n’a rien d’irrationnel : une vaste méta-analyse de Paul et Moser conclut que le chômage ne s’accompagne pas seulement de détresse psychologique, mais qu’il peut aussi la provoquer.

Cette peur s’installe tôt. Olivier Torrès, professeur spécialiste de l’entrepreneuriat, rappelle qu’à l’école, une erreur de dictée s’appelle une « faute », un mot chargé de morale.

Comment gérer l’échec ?

Personnellement, j’aurais tendance à dire qu’il ne faut pas prêter autant d’importance à ce que les gens peuvent penser de nous. Accordons-nous le droit à l’échec et désacralisons-le : nous ne serons pas toujours bons dans tout ce que nous ferons. Nos pairs pensent beaucoup moins à nos échecs que nous ne l’imaginons, et ils les jugent sans doute moins durement que nous ne le craignons. En 2001, les psychologues Savitsky, Epley et Gilovich ont montré, dans une série de quatre études, que nous nous attendons à être jugés plus sévèrement que nous ne le sommes réellement après une maladresse ou un échec public. Évitons donc de nous faire des montagnes de ce qui n’est finalement peut-être que des collines.

Bien sûr, tous les échecs ne se valent pas : celui qui blesse notre ego n’a pas le même poids que celui qui nous coûte notre emploi. Mais dans bien des cas, c’est notre ego qui souffre le plus.

L’échec nourrit aussi l’expérience, et nous pouvons nous en servir comme d’un levier positif. Une étude de Wang, Jones et Wang, publiée en 2019, va dans ce sens : les chercheurs américains qui avaient échoué de peu à obtenir une subvention ont ensuite produit davantage d’articles à fort impact que ceux qui l’avaient obtenue de justesse. Pour autant, l’apprentissage n’a rien d’automatique. Les travaux d’Eskreis-Winkler et Fishbach montrent que nous retenons souvent moins bien les leçons de nos échecs que celles de nos réussites, parce que l’échec menace notre ego et nous pousse à nous désengager. C’est une raison de plus de le désacraliser.

L’échec ne doit pas non plus nourrir la peur. « Chat échaudé craint l’eau froide » ne serait pas le bon proverbe à appliquer, mais plutôt : « Quand on tombe de selle, on remonte. »

Enfin, méfions-nous de la stratégie de l’évitement. Ne cherchez pas à fuir les situations qui peuvent vous mettre en échec, car plus vous les éviterez, plus vous vous retrouverez dans des impasses.

Ce que j’ai appris de mes échecs

J’ai échoué. Et j’ai appris.

Dès mes études supérieures, j’ai fait l’amère expérience d’échouer au concours d’entrée en médecine. De cet échec, je suis reparti de l’avant, et j’ai découvert le plaisir intellectuel et le goût que j’avais pour le droit.

Très tôt, j’ai intégré le monde du logement social et je suis devenu manager. J’ai commis beaucoup d’erreurs.

La première, dont j’ai beaucoup appris : confondre la bienveillance et la recherche constante d’être apprécié de ses collaborateurs. Le management n’est pas un concours de popularité. La bienveillance est importante, mais il faut éviter toute confusion.

Une autre erreur m’a servi de leçon : être moins exigeant envers ceux qui obtiennent de très bons résultats qu’envers ceux qui en obtiennent de moins bons. Cela ne peut que briser l’équité au sein de l’équipe : les uns finissent par se croire tout permis, les autres par se sentir injustement traités.

J’ai commis d’autres erreurs, et le but n’est pas d’en dresser la liste exhaustive. Mais j’ai appris de chacune d’entre elles.

Le plus important que j’ai appris, c’est ma capacité de résilience : me relever de mes échecs et de mes erreurs, les corriger et surtout les reconnaître. Et l’humilité de savoir que j’aurai d’autres échecs, que je commettrai d’autres erreurs, desquelles j’apprendrai encore.

Et si vous remontiez en selle ?

Vous n’avez pas réussi à faire du vélo dès la première fois. Toute personne qui me dira qu’on l’a installée sur la selle d’un deux-roues dès son plus jeune âge, et qu’elle n’a jamais trébuché, jamais chuté, me fera l’effet d’un manager qui prétend avoir toujours bien fait et, plus largement, de quelqu’un qui assure n’avoir jamais connu l’échec.

C’est à force de tomber de vélo, quitte à vous écorcher les genoux, que vous le maniez aujourd’hui avec dextérité. Ne craignez pas de relever de nouveaux défis.

La vie active est jalonnée de péripéties, parfois heureuses (oui, une péripétie peut être quelque chose d’heureux), parfois faites d’échecs. Mais vous ne pourrez pas avoir les unes sans les autres.

Relevez-vous.


Sources

  • B. Obama, discours de rentrée adressé aux élèves américains, Wakefield High School (Arlington, Virginie), 8 septembre 2009.
  • Thinkerview, « Jérémy Ferrari : la révolte par l’humour ? », interview diffusée le 27 novembre 2018.
  • Proverbe japonais « Nana korobi ya oki » (voir Nippon.com).
  • D. E. Conroy, J. P. Willow, J. N. Metzler, « Multidimensional Fear of Failure Measurement: The Performance Failure Appraisal Inventory », Journal of Applied Sport Psychology, vol. 14, n° 2, 2002, p. 76-90.
  • Agence France Entrepreneur, Indice Entrepreneurial Français 2018, cité dans la question écrite n° 13919, Assemblée nationale, XVe législature.
  • K. I. Paul, K. Moser, « Unemployment impairs mental health: Meta-analyses », Journal of Vocational Behavior, vol. 74, 2009, p. 264-282.
  • O. Torrès, dans « Ces peurs qui pénalisent l’esprit d’entreprise en France », Le Journal des entreprises.
  • K. Savitsky, N. Epley, T. Gilovich, « Do Others Judge Us as Harshly as We Think? Overestimating the Impact of Our Failures, Shortcomings, and Mishaps », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 81, n° 1, 2001, p. 44-56.
  • Y. Wang, B. F. Jones, D. Wang, « Early-career setback and future career impact », Nature Communications, 2019.
  • L. Eskreis-Winkler, A. Fishbach, « Not Learning From Failure—the Greatest Failure of All », Psychological Science, 2019.